Dans ses tableaux comme dans ses livres, Henri Martraix arpente des contrées de traverse. Proche parfois d’une inquiétante étrangeté, ce qu’il nous propose est cependant emprunt d’une douceur, d’une beauté et pour tout dire d’une familiarité que les jours et les nuits alimentent avec nos rires, nos drames et, sans doute, nos tragédies. Car c’est justement un malgré tout qui soutient ses tableaux, ses livres, et qui nous renvoie à nos forces, à notre vie, à ce qui murmure en nous de désir, d’émotion. Ce sont ainsi des formes de vie que nous voyons apparaître, des formes de maintenant ou d’autrefois. Des formes d'énergie parfois vues de très près. Des traces de quelque chose qui a eu lieu aussi bien que la naissance de ce qui se passe maintenant, et ici. Ce que Henri Martraix nous raconte, c’est la vie de la terre, la vie du monde et des hommes, certes pas celle des vues d’ensemble, pas celle des foules, des machines ou des bâtiments sonores et agités. C’est celle qui palpite tout près de nous et que nous ne voyons pas, occupés que nous sommes par nos affaires.

Pour être approchées, les créations de Henri Martraix demandent du temps, de la confidentialité, du silence. Et pourtant nous sommes tout aussi bien saisis par une immédiateté, comme l’évidence d’un jour de pluie et de ses gouttes sur la vitre. Car ce qui nous est rappelé sur chaque grain de la surface peinte ou écrite, c’est l’affirmation de la vie. Malgré tout.

Noémie Clément